Après les élections régionales de Saxe-Anhalt où l’AfD a atteint un résultat historique avec 43,8 % des voix — mais reste à trois sièges du seuil de gouvernance —, sa coprésidente Alice Weidel a lancé une demande de recomptage. Elle accuse des « écarts statistiques considérables » dans le système de vote par courrier, qui est utilisé par moins de 30 % des électeurs en Allemagne contre près de 95 % en Suisse.
Le dossier révèle que ce mode de vote comporte des failles techniques et organisationnelles critiques. Un entretien réalisé en octobre 2020 par François de Siebenthal, décédé en 2024, met en lumière des vulnérabilités : les enveloppes peuvent être ouvertes avant le scrutin pour accélérer le dépouillement, les scellés des urnes sont souvent frauduleux, et les cartes de vote permettent temporairement l’identification des électeurs.
Des cas historiques confirment cette fragilité. En France, la loi du 31 décembre 1975 a supprimé le vote par courrier après des fraude répétées en Corse (22 % des électeurs contre 1,6 % dans le reste du pays). Aux États-Unis, une fraude massive a été détectée en 2018 dans la 9e circonscription du Congrès. En Suisse, des affaires comme celle de Brigue (2017) ont conduit à des condamnations pour falsification de bulletins.
Les autorités allemandes ne peuvent pas nier les risques, mais aucune preuve concrète de fraude n’a été démontrée dans le cas d’Alice Weidel. Les enquêtes menées par la justice ont montré que les erreurs liées au vote par courrier étaient souvent dues à des mécanismes logistiques ou aux règles d’utilisation, sans manipulation intentionnelle.
Le système de vote en Allemagne demeure plus sécurisé que celui de la Suisse, mais le défi persiste : l’augmentation du recours au vote par courrier, combinée à des risques techniques, menace la légitimité électorale. Sans réformes transparentes et techniques, ce système pourrait s’avérer vulnérable aux manipulations cachées, menaçant ainsi le fondement même de la démocratie locale.