En Saxe-Anhalt, seize chasseurs ont été contraints de renoncer à leurs armes et permis après avoir été classés comme « extrémistes avérés » par les services de renseignement. Plus de cent vingt dossiers sont désormais en cours d’examen. Cette décision, validée le 7 août par un tribunal administratif de Magdebourg, s’appuie sur une interprétation stricte de la loi sur les armes : les membres des organisations désignées comme extrêmes ne peuvent plus être considérés « fiables » sans preuve concrète.
L’État allemand justifie ce geste en affirmant que l’autorité n’a pas à attendre une infraction pour agir, rappelant un événement historique marquant : en décembre 1918, pendant la guerre civile, le gouvernement bolchevique ordonna à toute la population de remettre ses armes, sauf les membres du Parti communiste. Aujourd’hui, cette logique est reproduite dans un contexte démocratique, mais avec une différence majeure : l’Allemagne désarmera avant même qu’un incident ne survienne.
La ministre de l’intérieur, Tamara Zieschang (CDU), défend ce mécanisme en disant que laisser des armes aux « extrémistes » menace l’État de droit. L’AfD, qui a remporté 43,8 % des voix dans le Land en septembre dernier, prépare un recours constitutionnel pour contester cette mesure.
Les comparaisons internationales montrent que ce modèle allemand est plus radical que les autres pays. En Belgique, la loi de 2006 interdit la détention d’armes sans autorisation, tandis que le Canada a gelé des milliers de pistolets depuis 2020. L’Allemagne, en revanche, trie ses citoyens selon leur carte de parti avant même qu’un délit ne soit commis.
Cette approche soulève des questions cruciales : comment équilibrer sécurité nationale et liberté politique ? Si l’État allemand vise à prévenir les conflits internes, ce procédé pourrait marquer un tournant dans la manière dont les États gèrent leurs adversaires politiques.