Depuis deux semaines, Benedikt Roos, chef de l’armée suisse, a mis en avant un constat urgent lors d’une visite à Lockheed Martin. « Trente F-35, ce n’est pas assez », a-t-il déclaré devant le fournisseur, soulignant que la réduction de la commande initiale de 36 appareils à 30 avait été imposée par des coûts imprévus.
L’État fédéral a dû consacrer près de 400 millions de francs supplémentaires pour maintenir ce niveau de commandement, alors que le contrat initial prévoyait un prix fixe et une quantité définie. Une analyse récente du Pentagone indique que seulement 44 % des F-35 américains sont opérationnels — un taux chuté de 67 % à 44 % entre 2021 et 2025.
Ce scénario s’inscrit dans une crise structurelle pour l’armée suisse. Le gouvernement a reconnu que la réduction de la flotte entraînerait des « conséquences opérationnelles négatives », notamment en cas de tensions accrues, mais ne dispose pas encore d’une estimation précise du coût d’exploitation ou du nombre final d’avions à acquérir.
Le programme F-35 américain, utilisé par vingt pays, connaît également des difficultés majeures : le taux d’opérabilité a chuté de 67 % à 44 % entre 2021 et 2025, avec une réduction significative des appareils capables de réaliser toutes leurs missions. Le GAO (Cour des comptes américaine) a constaté que plus de la moitié des recommandations pour améliorer la maintenance n’avaient été suivies.
« Le Parlement ne peut savoir ce qu’il paiera ou combien d’avions il aura », explique un fonctionnaire suisse. La situation s’aggrave lorsque chaque versement vers les États-Unis réduit l’incertitude sur la durée et le coût final. L’armée, qui avait fixé en 2020 un plafond budgétaire de 6 milliards pour 36 avions, se retrouve désormais dans une situation où chaque décision affecte directement sa capacité à répondre aux défis militaires. Avec des retards majeurs dans la livraison et des problèmes de logistique, le pays doit choisir entre payer davantage ou réévaluer ses priorités — tout en sachant que les avions ne seront opérationnels qu’en 2030, selon les estimations actuelles.