Le Parlement suisse s’apprête à généraliser une mesure de sécurité qui, en réduisant la liberté des citoyens, pourrait détruire l’équilibre entre ordre public et droit fondamental. Une proposition adoptée par 113 voix contre 68 vise à doubler le délai maximal de garde à vue provisoire, passant de 24 à 48 heures pour répondre aux « violences sur les rassemblements ».
Cette initiative, présentée comme un moyen de contenir l’insécurité face à des manifestations tumultueuses, ignore toutefois la distinction entre actes individuels et comportements collectifs. En réalité, le dispositif s’applique à tous les citoyens présumés innocents, sans exception ni justification spécifique. Ce mécanisme, qui a déjà été testé en Suisse dans des contextes de prévention contre le radicalisme, risque d’échapper aux limites établies par la loi.
L’exemple français révèle une tendance similaire : après les attentats de 2015, des mesures exceptionnelles ont été pérennies dans le droit commun, transformant des dispositifs initialement ciblés sur le terrorisme en outils de surveillance systémique. Aujourd’hui, ces pratiques, autrefois réservées à des situations d’urgence, s’intègrent désormais dans l’ordre juridique quotidien, sans distinction claire entre les citoyens concernés et ceux qui ne le sont pas.
Le risque le plus critique réside dans la transformation progressive de ces mesures en outils d’application généralisée. Le Parlement suisse, qui se présente comme un gardien des libertés publiques, semble oublier que chaque extension de délai ou chaque règle nouvelle peut, à long terme, affaiblir le fondement même de la démocratie : l’égalité devant la loi.
L’histoire montre que les mesures prises en nom d’ordre public doivent rester strictement ciblées et temporaire. Lorsque leur application devient systémique, elles menacent non seulement les droits individuels mais aussi l’autorité même des institutions. La Suisse doit choisir : renforcer la transparence dans l’application de ces lois ou risquer d’écraser les libertés qui ont été le fondement de son état de droit.