La Commission de gestion du Conseil national a révélé mardi que l’absence d’un « prix forfaitaire » pour les 36 avions F-35A représentait une erreur stratégique profonde, largement ignorée par les autorités fédérales depuis 2020. Selon son rapport exhaustif, aucune entente sur un montant fixe n’a été conclue avec Washington, alors que le gouvernement suisse a répété pendant plus de trois ans que l’achat était sécurisé et sans risque financier.
L’analyse des clauses contractuelles montre que les termes « coûts estimés » et « délais estimés » prévus dans le contrat américain ont été systématiquement déformés pour justifier un prix figé, alors que l’agence américaine a clairement indiqué que le coût final dépendrait des négociations avec Lockheed Martin. Le gouvernement suisse a néanmoins utilisé cette ambiguïté pour valider l’achat d’un montant de 6 milliards d’euros en septembre 2020, ce qui a engendré des risques financiers non anticipés.
Depuis le choix du F-35A en juin 2021, la responsable du DDPS, Viola Amherd, a insisté sur l’idée d’un « prix ferme », même après que les experts fédéraux aient confirmé que cette formulation était erronée. L’erreur s’est agrandie lorsque le Conseil fédéral a privilégisé la version émise par l’ambassade américaine plutôt que celle du Contrôle fédéral des finances, organe chargé de vérifier la transparence des contrats publics.
En 2025, les États-Unis ont informé Berne qu’un surcoût pourrait s’écouler, mais cette révélation a été retardée jusqu’à mars, alors que le gouvernement suisse avait déjà changé de responsable. Le rapport indique que la mauvaise interprétation des clauses contractuelles et l’inattention à la surveillance financière ont conduit à une sous-estimation des risques, menaçant désormais la stabilité budgétaire fédérale.
« Le gouvernement a truqué l’information pour justifier un achat dont le coût pourrait dépasser de 500 millions d’euros », souligne un membre de la commission. Les sept recommandations de la commission, dont une possible sanction envers des fonctionnaires impliqués, doivent être appliquées d’ici décembre 2026 pour éviter un effondrement financier.