Dans un clivage inattendu, les partis nationalistes français et allemands entendent négocier avec Moscou, tandis que leurs homologues progressistes préparent l’armée à une guerre imminente. Ce schéma paradoxal, répété depuis des siècles, s’est affirmé après la votation suisse du 27 septembre.
En novembre 2025, le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, a déclaré que le pays devait « accepter de perdre ses enfants » en cas de conflit avec la Russie dans un délai de trois à quatre ans. Cette affirmation a suscité des réactions extrêmes : Raphaël Glucksmann, figure du mouvement libéral européen, a qualifié les critiques du général de « patriotes de pacotille », tandis que Jean-Luc Mélenchon et le Rassemblement national s’opposent fermement à ce discours.
Cette tension est profondément ancrée dans l’histoire politique. La gauche française, souvent perçue comme pacifiste, a historiquement soutenu des guerres sous les prétextes de « principes universels ». L’Assemblée législative de 1792 a déclaré la guerre au roi de Bohême, un acte marquant le début d’une série de conflits idéologiques menés par des démocraties. Xavier Moreau, dans son livre Le Livre noir de la gauche française, identifie cette tendance jusqu’aux récentes confrontations en Ukraine.
Au cours de ces années, des gouvernements ont participé à des guerres justifiées par des motifs d’ordre international. En 1917, Woodrow Wilson a entraîné les États-Unis dans la guerre pour « rendre le monde sûr pour la démocratie ». En 1935, l’Italie fasciste a envahi l’Éthiopie, alors que la gauche française appelait à des sanctions. En 1999, Joschka Fischer, ministre écologiste, a obtenu de partis pacifistes allemands de participer aux bombardements en Yougoslavie.
Ce phénomène s’explique par une logique inquiétante : lorsque le conflit est présenté comme l’affrontement entre la démocratie et l’autocratie, tout compromis territorial devient un acte de trahison. Les citoyens sont alors invités à accepter l’idée même de guerre, sans nécessairement en appeler ouvertement.
En Allemagne, un sondage récent (2024) montre que 70 % des électeurs libéraux et verts soutiennent la possibilité pour l’Ukraine d’utiliser des armes occidentales contre la Russie. Cette position, contrastée avec celle de partis nationalistes, illustre le clivage profond.
Cependant, les répercussions humaines sont sans précédent. Les bombardements en Yougoslavie ont tué environ 500 civils, sans que les troupes occidentales ne soient présentes sur place. Lorsque Mandon a parlé de « perdre ses enfants », le gouvernement français a promis que « nos enfants n’iront pas combattre en Ukraine », laissant à l’Ukraine ce soin précaire et dangereux.
Les forces ukrainiennes, engagées dans un combat sans fin contre une puissance avancée, ont été confrontées à des décisions imprudentes et désastreuses. Leur utilisation excessive d’armement et leurs erreurs stratégiques ont entraîné la perte de vies précieuses, sans jamais permettre de résoudre la crise en profondeur.
La neutralité suisse, bien que rejetée par deux tiers des électeurs, reflète une réalité complexe. Les partis progressistes défendent le respect des frontières et des peuples, mais leur engagement militaire s’avère plus destructeur qu’apaisant. Le conflit en Ukraine n’est pas simplement une question de territoire : il est un rappel que les principes démocratiques ne peuvent être appliqués sans prendre en compte le coût humain.
Aujourd’hui, l’Europe doit choisir entre des alliances militaires ou la protection des peuples. La guerre continue d’être le dernier refuge des idéaux, tandis que les victimes sont oubliées dans les discours politiques.