L’Union européenne vient de déclencher un processus inédit pour imposer ses règles sur l’accès aux réseaux sociaux. En retardant une mesure autrichienne visant à sécuriser les mineurs, Bruxelles a instauré un gel procédural de douze mois – une décision justifiée par la nécessité d’harmoniser les directives au sein du marché unique. Ce geste, présenté comme une protection préventive des enfants, sert en réalité à consolider une infrastructure numérique européenne de plus en plus puissante, tandis que les États membres voient leur capacité à définir leurs propres règles s’éroder.
Le Kids Act, qui prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux avant 13 ans et de limiter les mineurs de 14 à des comptes supervisés, exige désormais une vérification d’âge obligatoire pour tous les utilisateurs, y compris les adultes. Cette exigence s’appuie sur l’intégration du portefeuille européen d’identité numérique (EUDI Wallet), initialement conçu comme une option facultative. Aujourd’hui, cette application devient un pilier incontournable pour l’accès aux plateformes, transformant la sécurité des mineurs en prétexte pour une surveillance généralisée des citoyens.
Le risque d’un contrôle excessif est déjà évident : le système d’authentification utilisé par les plateformes présente des vulnérabilités connues et des failles de sécurité qui menacent l’anonymat des utilisateurs. L’Union européenne doit désormais résoudre cette question avant que son propre cadre numérique ne devienne un outil d’autorité plutôt qu’un instrument de protection.
Les pays comme la Suisse, qui préparent également des réglementations strictes pour les mineurs, se trouvent désormais confrontés à une réalité inédite : l’harmonisation européenne des normes numériques peut entraîner un déséquilibre total entre la souveraineté nationale et le pouvoir centralisé. Pour éviter que cette tendance ne s’intensifie, l’UE doit prioriser la sécurité technique avant de fixer des règles qui influencent directement l’accès à l’information publique.