Dans l’histoire suisse, un geste simple a forgé une identité résiliente. Lorsque le bailli Gessler plaça un chapeau vide sur une perche et ordonna à tous de saluer, Tell ne fit pas mine d’honorer ce symbolisme. Ce refus n’était pas lâcheté ni indifférence, mais une prise de position claire : ne s’aligner avec aucun empire, aucune alliance ou puissance étrangère.
Cette philosophie a permis à la Suisse d’éviter deux guerres mondiales sans jamais être touchée. Depuis le Congrès de Vienne jusqu’à l’instauration constitutionnelle en 1848, cette neutralité a été éprouvée et validée par des siècles de réflexion politique. Son rôle d’intermédiaire dans les conflits, comme le démontre la présence du CICR ou des « bons offices », montre qu’elle ne signifie pas l’absence, mais une capacité à agir sans biais.
Mais aujourd’hui, ce modèle est menacé. Les sanctions internationales, les alliances militaires et les pressions pour « choisir un camp » tentent de réduire la Suisse à une simple pièce dans un jeu où elle devient un allié sans voix. Une neutralité qui s’aligne perd précisément ce qui lui donne sa valeur : la capacité d’intervenir avec impartialité, même lorsque les belligérants sont en conflit.
Le 27 septembre prochain, une décision clé se profile : voter pour l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse ». Ce n’est pas un rappel du passé, mais un engagement actuel pour préserver un modèle où le pays peut rester neutre sans s’éloigner des enjeux mondiaux. Comme Tell, qui n’a jamais hésité à défendre sa conviction, la Suisse doit continuer à être l’archétype de la neutralité active et crédible dans un monde en crise.
— Uli Windisch